Le Bonheur National Brut doit-il remplacer le PIB ?

Aujourd’hui, on va comparer ces 2 indicateurs : Bonheur National Brut et Produit Intérieur Brut.

Vu de loin, ils n’ont pas grand-chose en commun. (Vu de près aussi d’ailleurs)

Ça ne va pas être simple de les mettre face à face.

Quand on sait qu’aujourd’hui le PIB est vénéré partout sur la planète, je crois qu’on va devoir s’aventurer un peu plus loin que quelques chiffres balancés chaque trimestre.

Et oui, on a tous entendu parler du PIB. Quand il va mal (peuchère), les JT, le gouvernement et même ma belle-mère tire la gueule.

Mais quand il va bien, c’est la fête !

Bon honnêtement, je ne me souviens plus trop quand est-ce que le PIB se portait bien en France…

A l’opposé, on retrouve un indicateur ignoré de tous ou presque.

Il se fait appeler le Bonheur National Brut ou BNB pour les intimes.

Et j’ai bien envie de faire un battle d’indicateurs aujourd’hui : BNB contre PIB !

Qu’est-ce que le Bonheur national brut ?

Histoire du bhoutan et de son BNB

Une fois n’est pas coutume, c’est un tout petit pays d’Asie qui l’a utilisé en premier.

Ce pays ?

Le Bhoutan !

Non, on n’y va pas en train (Bhoutan-train) MOUAHAHAHA.

Si tu ne vois pas où c’est :

Ce pays est passé d’une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle en 2008.

Cette transition s’est faite dans le calme, sans aucune manifestation grâce à un monarque éclairé : le roi Jigme Singye Wangchuck.

Et le dada de ce roi, c’est justement de mesurer le bonheur de son peuple. Il parle pour la première fois de Bonheur National Brut en 1972 pour l’opposer au sacro-saint indice de mesure de la richesse (Produit National Brut devenu par la suite Produit Intérieur Brut – PIB).

Il considérait que l’important était que son peuple soit heureux plutôt que riche.

Pourtant, le Bonheur National Brut ne sera clairement défini qu’en 1998.

Au final, cet indicateur sera gravé dans le marbre dès la création de la 1re constitution.

Le BNB mesure 72 critères différents regroupés en 4 familles :

  • le développement économique et social durable et équitable du pays
  • la préservation de l’environnement
  • l’épanouissement des traditions bhoutanaise
  • une bonne gestion du pays

Bon, ok. Je n’aurai pas forcément choisi les mêmes critères pour définir le bonheur…

Mais l’important est dans l’intention.

Petite précision quand même : le Bhoutan n’est pas le pays des bisounours !

Le gouvernement ne recherche le bonheur que des bhoutanais purs et durs. On parle ici de bons bouddhistes traditionnels.

Il n’y fait pas bon être un immigré ou croire en une autre religion.

Là pour le bonheur, il faudra passer son chemin.

Et puis, dans les années 2010, la crise économique a mis à mal le bonheur national brut du pays…

Mais sous prétexte que le Bhoutan a construit un indicateur pas terrible, faut-il jeter à la poubelle son principe initial ?

OCDE et le bonheur intérieur brut

L’OCDE a répondu à cette question en 2011 en créant l’Indicateur du Vivre Mieux ou Better Life Index en anglais

Mais au fait, c’est quoi l’OCDE ?

C’est l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques. C’est une assemblée consultative représentant la plupart des pays démocratiques participant à l’économie de marché.

En gros, c’est une grosse machine pro-libéralisme qui sort des études tous les trimestres…

Et dans cet Indicateur du Vivre Mieux, on retrouve des données telles que les revenus, le logement, l’éducation, l’emploi, l’environnement, la santé…

Je pense que, par rapport au Bhoutan, on est plus proche de la réalité.

Reste que je trouve le nom français assez bof.

« L’indicateur du Vivre mieux »… ça sent bon la naphtaline.

Je préfère clairement utiliser le terme Bonheur National Brut (BNB) car il s’oppose en frontal au Produit Intérieur Brut (PIB).

L’indicateur privilégié par un pays indique alors clairement sa priorité.

Bonheur ou Pognon ?

Heuuuuu… Je sais pas moi ?!

Pour rappel, l’OCDE est pro-libéralisme et mondialisation à gogo.

Ils ont tout fait pour éviter de mettre face à face les 2 indicateurs.

D’où le nom polissé et très différent de : « Indicateur du vivre mieux ».

Comme ça, il ne risque pas de faire de l’ombre au PIB.

Je pense que le Bhoutan pourrait donner une belle leçon de marketing à l’OCDE.

Car, tout le monde a plus ou moins entendu parlé du Bonheur National Brut.

Pendant ce temps, l’indice de l’OCDE est resté très discret…

Le PIB : un bon indicateur mais pour qui ?

En vantant le Bonheur National brut, je ne souhaite à aucun moment dire que le PIB ne sert à rien, qu’il est nul ou qu’on devrait l’enterrer aussi profond que nos déchets nucléaires.

En effet, le PIB ou Produit Intérieur Brut est CAPITAL pour mesurer l’économie d’un pays.

Cet indicateur mesure la richesse créée par un pays et le PIB/habitant permet d’en déterminer son niveau de vie.

A aucun moment, je ne veux me faire taxer d’utopiste.

Oui, l’argent est au centre de tout aujourd’hui et en faire l’impasse serait une erreur.

Mais soyons clair.

Le PIB est l’indicateur fondamental… des économistes !

Pour les citoyens et politiques, ce ne devrait être qu’un point parmi d’autres tels que l’éducation, la santé, l’environnement…

Et bim !

Economie, éducation, santé, environnement, lien social…

Je viens de te décrire exactement les piliers qui fondent l’indice de l’OCDE.

Car celui-ci prend aussi en compte le PIB à travers sa branche économie.

Nos politiques ont tendance à croire que seule une économie pérenne garantira le bonheur de sa population.

Comment expliquer alors que, la France, 7ème puissance mondiale en 2020 se retrouve 18ème dans le classement de l’OCDE sur le bonheur ? (données 2017)

En France, on en pense quoi du Bonheur National Brut ?

Et bien pas grand-chose en fait.

Nos politiques comme nos journalistes n’en ont pas grand intérêt.

Il y a bien eu Nicolas Sarkozy qui, pendant qu’il était au pouvoir, a commandé un rapport à 2 prix Nobel (d’économie ?!) Joseph Stiglitz et Amartya Sen.

Un an plus tard, en 2009, le rapport a été rendu. Notre ancien président l’a gentiment déposé sous une pile d’autres rapports.

Ça se comprend car il fallait redresser la France après la crise de 2008 !

Pour les allergiques au second degré : c’est ironique…

Que ce soit avant ou après cet épisode, le bonheur de la population française n’a jamais été une priorité de nos politiques.

Seuls l’économie et l’emploi tiennent bon la barre dans les thèmes de campagne.

Les autres sujets dépendent essentiellement des résultats des sondages et de l’adversaire en face.

Bref, au rythme où ça va, c’est à nous de construire notre propre bonheur plutôt que d’attendre un gouvernement éclairé…

Le bonheur national brut : l’indicateur de demain ?

Tu l’auras compris, à la question : « Le Bonheur National Brut est-il l’indicateur fondamental de demain ? »

Ma réponse est sans appel : « Je dis OUI ! »

Mais pour l’instant, on est plus proche d’une volonté personnelle que de la réalité.

En pratique, le PIB et la croissance restent l’étoile du Nord de nos gouvernements successifs.

Mais jusqu’à quand ?

Car 2 phénomènes nous prouvent que ça ne pourra pas durer.

Les Gilets Jaunes, ça te parle ?

Qu’on soit pour ou contre n’est pas le sujet ici.

Mais en 2018, on a retrouvé sur les ronds points et aux péages des gens qui jusque-là n’avaient jamais rien dit et n’avaient jamais manifesté.

Ils l’ont fait, en plus, avec un message très violent envers les politiques de tous bords. C’est un rejet complet par des milliers de personnes d’une vision non partagée avec les gouvernements en place depuis des années.

On ne pourra jamais mettre d’accord des ultra-libéraux et des Gilets Jaunes autour du PIB. Par contre, on pourra les amener à discuter autour d’un indicateur qui parle aux 2 : le Bonheur National Brut.

Le 2ème phénomène à noter est la montée, année après année, de l’extrême droite.

Une étude menée par CEPREMAP montre que moins les gens sont heureux, plus ils ont tendance à voter Rassemblement National (anciennement FN)… et cela indépendamment de leurs revenus et de leur éducation !

La tendance dans les urnes illustre parfaitement l’évolution du bonheur des français. On va dans le mur si on ne change pas de vision, d’objectifs.

Attention, je vais maintenant m’essayer à une conclusion façon Mahatma Gandhi.

Plutôt que de lancer tous les 3 mois un Grenelle de l’emploi, de l’environnement, du logement, de la fiscalité et du cassoulet

Réunissons politiques de tous bords, syndicats (des travailleurs comme des patrons), associations… pour définir concrètement ce que pourrait être le Bonheur National Brut en France.

Puis jugeons nos responsables politiques successifs à l’aune de cet indicateur uniquement (à l’échelle locale et nationale).

Mesurons cet indicateur par entreprise, école, université, secteurs… et challengeons tous les responsables publics comme privés afin de faire de la France un pays plaisant, excitant et bouillonnant.

Faisons de la France le pays qui donne envie de rêver, d’entreprendre et d’aimer.

On dirait plus du Céline Dion que du Gandhi non ?

Sources

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