L’Agriculture Urbaine : Utopie Ou Nécessité ?

On est mal barré ! Moi, le pur produit de la ville… je viens te parler agriculture.

Mais pas n’importe laquelle.

Aujourd’hui, ne t’attends pas à ce qu’on parle de troupeaux de vaches broutant dans des champs à pertes de vue.

On ne parlera pas de cultures de blé qui poussent sur des milliers d’hectares.

Non. C’est le moment de parler d’agriculture urbaine.

A chaque fois que j’en parle, je vois mon interlocuteur me répondre :
« Laisse tomber. C’est un truc d’écolo bobo. Il font pousser 3 gousses d’ail sur leur balcon et ils se revendiquent agriculteurs ».

Ok. Ce cliché existe mais résumer l’agriculture urbaine à cette image est une erreur.

C’est passer à côté d’une problématique majeure de notre société.

Mais du coup, est-il possible qu’une ville subvienne à ses propres besoins ? Est-ce un doux rêve ou un impératif ?

Est-ce qu’on s’en fout complètement ?

Heuuu… peut-être que c’est ton cas mais je me demande bien comment tu en es arrivé à lire cette ligne.

Ce sont ces questions que nous allons traiter dans le dossier du jour.

Un immeuble parmi tant d’autres à Vancouver…

Pourquoi Parler D’Agriculture Urbaine ?

L’agriculture urbaine c’est quoi déjà ?

Pour casser le mythe immédiatement, ce n’est pas seulement faire pousser ses tomates sur son balcon ou sur le toit de son immeuble. Ce sont aussi les champs qui sont en périphérie de cette même ville.

Jusqu’à la 2ème moitié du XIXe siècle, chaque ville était autonome en nourriture. Les produits alimentaires importés étaient souvent les produits « plaisir ».

Seulement le développement de l’agro-industrie et la transformation des fruits et légumes en produits complexes, un meilleur stockage et un transport plus rapide grâce au développement des chemins de fer, ont permis de casser les barrières qui imposaient à nos agriculteurs une présence aux abords des villes.

Dans le même temps, l’urbanisation de nos territoires a fait monter les prix du foncier. Pour rester rentables, les agriculteurs se sont donc, petit à petit, éloignés des villes.

Puis au XXe, la monoculture, les progrès techniques et la mondialisation ont réparti les besoins d’une même ville aux quatre coins de la planète !

La question qu’on va aborder maintenant est de savoir si ce système est viable sur le long terme ou s’il faut relocaliser notre agriculture en ville.

Comment Se Traduit « Agriculture Urbaine » Aujourd’hui ?

L’agriculture urbaine est protéiforme.

Et bim !J’adore employer des mots savants pour faire croire que je sais plein de choses…

On retrouve d’abord des champs plutôt traditionnels en sa périphérie. C’est de l’agriculture comme on se l’imagine depuis tout petit avec un vieux monsieur rondouillard et ses bêtes.

« Qui a dit que je n’aimais pas les clichés ?! »

On a aussi l’habitant seul qui fait pousser quelques fruits et légumes dans son jardin ou son balcon.

Lui, on en a déjà parlé. Il ne plaît pas beaucoup aux anti-écolos.

Mais il y a aussi tout un monde entre ces 2 agricultures.

On trouve :

  • Des potagers collaboratifs. Qu’ils soient gérés par les habitants d’une même résidence ou par une association locale.
  • De véritables fermes urbaines avec des animaux. Ces structures jouent aussi un rôle pédagogique.
  • Des entreprises au profil High-Tech parfois baptisées start-up qui, par exemple, font pousser leurs légumes en hydroponie dans les parkings souterrains abandonnées, des fraises dans des containers…

Contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, ce n’est donc pas uniquement les écolos bobo qui sont impliqués dans cette activité !

Mais est-ce bien sérieux tout ça ? Ou est-ce uniquement pour faire du social ou pour passer le temps le dimanche matin ?

Les Risques De Négliger L’Agriculture Urbaine.

Imagine une catastrophe écologique (inondations, tremblement de terre…), un mouvement social d’ampleur, une pénurie de pétrole…

Maintenant, souviens-toi que nos grandes surfaces n’ont que 2 jours de stock. Passé cette période, certaines denrées deviennent difficiles à trouver.

On se marre quand on voit les gens se ruer dans les supermarchés à chaque crise mais c’est rationnel.

Le miracle économique du flux tendu commence à être bien compris par la population : coupe la chaîne d’approvisionnement et la galère commence.

D’où les bagarres dans les supermarchés pour des pâtes et du PQ.

Cette réaction se comprend mais ne se justifie pas.

Un comportement plus responsable serait d’avoir, chez soi, un petit stock de pâtes, de riz et de conserves tout au long de l’année plutôt que de créer une pénurie parce qu’on anticipe une pénurie.

En France, l’autonomie alimentaire urbaine est en moyenne de 2%. La ville championne est Avignon avec 8% d’autonomie.

C’est-à-dire que si on coupe l’approvisionnement en ressources alimentaires d’une ville pendant plusieurs jours, semaines… on peut alimenter seulement 2% de ses habitants.

En quelques jours, une crise qui coupe notre logistique devient une crise alimentaire où chacun doit lutter pour sa survie.

Et une crise alimentaire est toujours accompagnée d’émeutes et de pillages. Un peuple qui a faim ou peur d’avoir faim se contrefout des lois.

Ainsi, la crise des Gilets Jaunes a pris une tout autre ampleur à la Réunion avec des épiceries pillées.

Pas parce que les Réunionnais sont plus indisciplinés que les autres.

Non, ils savent très bien que leur chaîne alimentaire d’approvisionnement est beaucoup plus fragile qu’en métropole.

Et puis, commence à piller une épicerie pour survivre et tu verras toujours des petits malins aller piller des écrans télé HD.

Bien sûr, aux infos, on te montrera le voyou qui repart avec un écran plat et pas celui qui ressort d’un magasin avec un concombre.

Est-ce que ce scénario est une éventualité à écarter car ce n’est pas arrivé depuis des siècles ?

La France n’avait pas connu d’épidémie sévère depuis longtemps. Elle n’était pas préparée à l’arrivée du Covid-19.

Nul doute que durant les 30 prochaines années, on aura un stock de masques et de quoi faire des tests.

Mais doit-on attendre une crise alimentaire pour prendre des mesures visant à être autonome ?

Les Opportunités De L’Agriculture Urbaine

Être Autonome Sur Tout Le Territoire

Comme on vient de le voir, la première raison de se pencher sur l’agriculture urbaine est de rendre nos villes autonomes.

Attention, j’ai dit ville pas pays…

On en est loin.

Aujourd’hui, il faut se battre pour relocaliser notre agriculture au niveau national et moi je parle de relocaliser au niveau de la ville ?

Juste une précision, une catastrophe écologique, une pénurie d’énergie… toutes ces catastrophes n’ont pas de frontière.

Elles peuvent très bien isoler un département du reste du pays.

Et faire pousser 90% de ses céréales à Quimper est une hérésie quand on habite à Perpignan.

Donc oui, si on entre dans une démarche de relocalisation, c’est bien.

Mais attention à notre stratégie dans sa mise en oeuvre.

Ne tombons pas de nouveau dans des calculs productivistes qui spécialiseront la culture dans chaque région.

Relocaliser en privilégiant l’agriculture urbaine partout, c’est une opportunité de rendre résilient tout un pays !

C’est transformer chaque ville en village gaulois imprenable.

Bonne nouvelle sauf pour les sangliers !

Une Agriculture Créatrice D’Emplois

Si je te dis : « Détroit », tu penses à quoi ?

Industrie automobile, usines, Ford, voitures…

Bref, on est loin du sujet qui nous occupe aujourd’hui.

Durant la première partie du XXe siècle, effectivement, Détroit était le berceau de l’industrie automobile américaine avec l’implantation d’usines Ford, Chrysler et General Motors… et leur ribambelle de sous-traitants.

Mais à partir des années 70, commence la débandade.

Les usines ferment les unes après les autres pour aller s’installer dans des zones où la fiscalité et le coût du travail sont plus avantageux.

Le chômage explose, de nombreuses personnes déménagent… le tissu économique est rompu.

De nombreux immeubles et terrains sont abandonnés.

Quelques petits malins sans job et le ventre vide ont alors eu l’idée de transformer ces friches en potagers, vergers et autres sources de nourriture.

Ce qui était complètement sauvage s’est petit à petit structuré. Des organisations et associations ont échangé le temps de personnes contre de l’argent pour entretenir et cultiver ces « champs » urbains.

Du temps d’activité contre de l’argent ?

Mais, on dirait bien qu’on vient de créer des emplois non ?

Et puis, derrière, pour vendre la récolte, il faut des gens rémunérés… et vu que de plus en plus de monde a un salaire, on peut développer une vie culturelle dans la ville.

Tu l’auras compris, Détroit est en pleine transformation pour le plus grand bonheur de ses habitants qui ont tellement souffert ces 30 dernières années.

L’Agriculture Urbaine Au Service Du Lien Social

En ville, vivre-ensemble et solidarité n’a aucun sens. Ce sont des mots creux.

On voit tellement de gens autour de nous, tellement d’inconnus qu’on se sent souvent seul dans la foule.

Et je ne dis pas ça pour me la jouer poète maudit façon Baudelaire.

Non, cela a été prouvé. Selon une étude Ipsos, 93% des Français pensent qu’on peut facilement se sentir seul en ville.

L’agriculture urbaine, intra-muros, peut représenter une foule de projets dans les quartiers de nos villes.

Peu importe leur forme de gestion (associatives, entre particuliers ou via une entreprise), chacun de ces projets implique les habitants locaux directement?

Mets des femmes et des hommes autour d’un projet commun qui a du sens et tu crées une équipe soudée qui bosse et vit ensemble en toute intelligence.

Les potagers, fermes urbaines… représentent cette opportunité de créer du lien.

Cela permet de lutter contre l’individualisme, qui jusque-là, prime dans nos villes et centres-villes.

Cela permet de donner un nom et une histoire à son voisin.

Et donc de lutter contre les incivilités, la violence et la solitude.

Le Rôle Éducatif De L’Agriculture Urbaine

Pour beaucoup d’enfants un poisson c’est ça :

Un poulet, ça :

Intégrer au sein des villes de véritables fermes, permet de montrer à nos enfants l’origine de nos aliments.

Des photos dans un livre ne suffisent pas ?

Avec une ferme, on sent, on touche, on interagit avec les bêtes.

La valeur éducative est 1000 fois supérieure à un petit dessin ou une image à la télévision.

Étant partisan d’apprendre à nos enfants les implications de notre mode de consommation sur notre environnement proche et lointain, il est pour moi essentiel d’avoir une ferme dans chaque ville.

Donc, fermons les zoos et ouvrons des fermes !

Le Petit Plus Qui Fait La Différence !

L’été, nos villes deviennent des fournaises… du moins par chez moi.

Ajouter des petites parcelles cultivables, végétaliser les toits, les façades…

Toutes ces transformations ont un avantage qui nous arrange bien en cette période de réchauffement climatique.

On estime qu’une ville qui végétalise 15% de ses toits réduirait sa température de 3,3°C en moyenne au plus fort de l’été.

On pourrait baisser voire éteindre les climatiseurs et entrer dans un cercle vertueux de régulation de la température de nos villes !

Voilà, j’en ai fini de te dresser le tableau des enjeux autour de l’agriculture urbaine. On pourrait très bien continuer à bouffer 90% de notre soja « made in Brazil », nos tomates from Spain et notre riz du Vietnam.

Mais un jour ou l’autre, ça va coincer.

Un jour ou l’autre on aura droit à une crise qui coupera notre chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Et si on n’est pas prêt, ça va faire très mal sur le plan sanitaire et social.

Quand on sait qu’en 2050, 3 humains sur 4 seront urbains, il y a urgence !

Pour forcer nos pouvoirs publics à développer une stratégie réfléchie autour de l’agriculture urbaine, le meilleur moyen est de consommer local tous les jours et d’éviter les aliments ultra-transformés.

Si un gars comme moi – citadin pas doué et feignant pour cuisiner – y arrive, tout le monde peut le faire !

Sources :

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