La Monnaie Wir : Une Solution Suisse Face Aux Crises

Quand on s’intéresse un tant soit peu à l’écologie, on est obligé de se pencher sur des problématiques économiques.

Les 2 sont liés mon capitaine !

Chaque fois que je parle autour de moi de faire tel ou tel effort, y a toujours quelqu’un pour me taxer d’écolo terroriste qui veut la mort de notre économie.

Certaines idées seraient tellement puissantes que rien qu’en les évoquant, elles seraient sources de chômages, misères, dépressions, suicides… et ça y est : en 5 minutes de discussion, je deviens un assassin. Ou pire : un Khmer vert !

Et malheur à moi quand je commence à parler de monnaies locales ou complémentaires. J’ai parfois droit à un grand rire moqueur et pour seule réponse : « Si tu t’ennuies, va jouer au Monopoly ! »

Bon, je leur pardonne gentiment leur ignorance. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’il existe plusieurs monnaies locales à travers le monde et que certaines ont complètement changé leur environnement direct.

Et aujourd’hui, je veux mettre en lumière la monnaie Wir car elle a plus de 80 ans d’existence et qu’elle est toujours très utilisée en Suisse.

L’histoire De La Monnaie Wir

La crise de 1929 ça te parle ?

Ce fut l’une des pires crises mondiales. Toute l’économie s’est effondrée.

De nombreuses monnaies locales ont alors vu le jour à travers le monde. Il y a eu des initiatives en tous genres.

Certaines ont connu un échec cuisant, d’autres un réel succès qui a débouché sur leur interdiction par le gouvernement en place.

Que veux-tu… Ces monnaies sont souvent vu d’un mauvais œil par les États qui souhaitent rester les seuls à pouvoir émettre des billets.

Au milieu de tout ça, tu as quand même quelques monnaies qui ont fait leur petit bonhomme de chemin jusqu’à nos jours…

La plupart sont restées marginales mais une a réussie à s’imposer complètement dans l’économie de son pays de naissance : la monnaie Wir !

Elle a été crée en 1934 par 2 hommes d’affaires suisses : Werner Zimmermann et Paul Enz.

A ce moment-là, tout le système bancaire suisse est dans la panade. (Eh oui, c’était une autre époque !)

En pleine crise, les citoyens ont peur du lendemain et mettent leur pognon de côté « au cas où ». Cette année-là, on estime que les Suisses thésaurisaient 20% de la monnaie en circulation ! C’est tout simplement dévastateur pour l’économie.

L’argent ne circule plus… les entreprises se cassent la gueule.

Pour remédier à ça, nos 2 compères ont eu l’idée de créer une coopérative destinée à favoriser les échanges interentreprises en émettant une nouvelle monnaie.

C’est le début de l’histoire.

Au départ, seul un petit groupe d’entreprises triées sur le volet pouvait utiliser cette monnaie afin de dynamiser leurs échanges (et ne pas se créer un petit matelas en Francs Suisses).

Puis elle a réussi à s’imposer sur tout le territoire.

Le fonctionnement du Wir a évolué en même temps que de plus en plus d’utilisateurs entraient dans le cercle.

Aujourd’hui entreprises comme particuliers s’en servent quotidiennement.

Mais c’est quoi exactement le Wir ?!

Moi qui adore les jeux de mots pourris, je suis servi :

Wir signifie « Nous » en Allemand mais est aussi l’abréviation de « Cercle Économique Société Coopérative ».

Et 1 Wir = 1 Franc Suisse

Mais si ça a la même valeur que la monnaie nationale, ça sert à quoi alors ?

Une monnaie complémentaire ou locale, c’est un peu du stéroïde pour l’économie locale.

Eh oui, si un client me paye en Wir, je ne pourrai jamais utiliser cette somme avec mes fournisseurs Italiens ou Polonais. Cela m’incite à trouver un fournisseur qui accepte le Wir et donc un fournisseur local.

Ensuite, pour rappel, la monnaie Wir est née juste après la crise de 1929, période à laquelle on avait tendance à « mettre de côté ».

Pour lutter contre ce phénomène qui, au final aggravait la crise économique, Zimmerman et Enz ont eu l’idée de « taxer » la non-utilisation de leur monnaie.

Hein ? Taxer l’argent ?!

Le principe est simple, tous les mois, les possesseurs de Wir devaient acheter un timbre à coller sur chacun de leurs billets. Ce timbre représentait 1% de la valeur du billet.

On appelle ce type de monnaies : des monnaies fondantes.

Elles incitent à ne pas thésauriser et donc à faire vivre l’économie !

Le Wir n’est resté fondant que jusqu’en 1948. Le chocolat suisse, lui, l’est resté 😉

Mais le Wir aujourd’hui, il ressemble à quoi ?

La Monnaie Wir Aujourd’hui

N’imagine pas que c’est une petite monnaie marginale qui circule entre le boucher de la 5ème avenue de Zurich et le boulanger de la 4ème.

Le Wir est costaud, très costaud même.

La coopérative à l’origine de la monnaie est devenue une banque dont le siège est à Bâle et exploite six autres succursales.

Elle émet de la monnaie mais pas sur des bouts de papier à l’arrache réalisés par l’imprimeur du quartier.

Non. Ce sont de vrais billets infalsifiables.

En plus d’utiliser du cash, tu peux ouvrir un compte, payer en carte bleue, épargner et solliciter un prêt.

Et la création de nouvelles unités de Wir se fait à travers des crédits aux entreprises.

Bref, la banque Wir réalise tout ce qu’on peut faire avec une banque traditionnelle.

La monnaie Wir en quelques chiffres :

  • 20 à 30% des entreprises du pays (+ de 60 000 !) acceptent ce moyen de paiement.
  • En 2014, le Wir représentait entre 800 et 850 millions de Francs Suisses soit 1% de la masse monétaire du pays.
  • La même année, le chiffre d’affaires réalisé en Wir avoisinait les 7 milliards.
  • Entre entreprises du réseau, il est courant de payer produits et services avec 30 ou 40% de Wir et le reste en Francs Suisses.

Pour Quel Bilan ?

Plus de 85 ans après, on se rend compte que la monnaie Wir a permis à la Suisse de traverser de nombreuses crises tout en gardant une économie forte.

Et on observe que pendant ces périodes difficiles, la circulation de cette monnaie alternative augmente significativement pour diminuer quand tout va bien.

En gros, le Wir compense les faiblesses du Franc Suisse quand l’économie mondiale fait la gueule.

C’est d’ailleurs pour ça qu’on appelle ces monnaies des monnaies complémentaires !

Elles ne sont pas destinées à remplacer les monnaies nationales nécessaires lors des échanges internationaux mais plutôt à dynamiser une économie locale quand celle-ci est moribonde.

Et on ne peut pas dire qu’en ce moment, tout beigne dans nos régions !

Les monnaies complémentaires sont un début de solution.

Pour connaître les monnaies locales autour de chez toi, il existe une carte de France qui les recense.

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Sources :

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